1945-1969

De l'écrasante responsabilité des hommes.

À I'issue de la seconde guerre mondiale, la flamande est fortement diminuée. Sélection et contrôle laitier sont désorganisés. Le repeuplement de la race s'effectue majoritairement avec des animaux français frisons pie noirs et parfois normands, dans la Somme notamment. Seuls les éleveurs du berceau de race reconstituent peu à peu leur cheptel et reprennent les inscriptions à titre initial puis au titre de la descendance.

La race se trouve donc trés fragilisée à l'heure du développe¬ment de l'insémination artificielle et du contrôle laitier et dans un contexte de concurrence exacerbée entre races. Affaiblie, la flamande allait devoir en outre supporter trois handicaps majeurs, annonciateurs d'une chute certaine:

  • En premier lieu, sa véritable spécialisation laitière qui la distinguait de toutes les autres races la desservit à l'époque où la vocation mixte lait et viande paraissait la solution la plus avantageuse. La faible taille des exploitations, un vieux continent confronté aux surplus laitiers et au déficit chronique de viande constituaient autant d'éléments favorables à l'élevage de l'animal à double fin, encouragé par les services publics.

Cette critique sur cette prétendue mauvaise fin en boucherie de la race se traduisait d'une part par l'effondrement des cours des veaux de boucherie flamands et d'autre part par un commerce trés lucratif des marchands en bestiaux remplaçant de lourdes flamandes par des frisonnes, soi-disant plus intéressantes ou plus adaptées.

  • Ensuite, la grande région Nord, à proximité immédiate de la Hollande, était naturellement devenue la base de lancement de la Frisonne, la zone relais de reproduction de cette race avant sa dispersion dans toute la France. L’originalité de la robe pie noire avait également fait de la Frisonne l'animal en vogue.
  • Enfin, les hommes n'ont pas été à la hauteur de l'enjeu. De nombreuses fautes d'honnêteté se sont produites comme souvent dans le cas de races à robe unicolore. Par ailleurs, le pouvoir excessif de quelques éleveurs du berceau de race porte un grave préjudice au climat régnant dans le Herd-Book et à la confiance qu'il était en mesure de communiquer aux éleveurs dans la sélection flamande.

Cette mainmise de quelques éleveurs sur la flamande démontre qu'il ne serait pas exact de rejeter l'entière responsabilité du déclin de la race sur des facteurs extérieurs. Ainsi, sitôt après guerre, seuls des taureaux provenant de quelques étables renommées et travaillant les mêmes lignées sont admis à l'insémination.

Cela aboutit à la situation extravagante qu'en 1957 le célébre taureau MIRON était à l'origine de 26 taureaux d'lA sur 32 que ce soit en tant que père, grand-père ou arrière grand¬père.

Comment dans de telles conditions miser sur une flamande pourtant toujours bien meilleure productrice que la frisonne:

Contrôle Laitier 1950

Flamande

4311 kg à 35.9 TB

Frisonne

3990 kg à 35.2 TB