Nouveau souffle

Le taureau AMIRAL enclenche le retour en grâce de la Flamande.

Durant les années 1980, certains éleveurs émirent l'idée de débaptiser la race tant il leur apparaissait que le terme "Flamande" était devenu synonyme d'échecs, de déclin et de manque de modernité. Quoique cette proposition soit déjà révélatrice d'un sentiment d'orgueil salutaire, elle suscita aussitôt une vive réprobation de la majorité des éleveurs heureusement très attachés à l'histoire de leur race, fusse t'elle aussi chaotique.

Manifestement, une telle modification n'aurait non seulement rien résolu mais aurait de surcroît contribué à l'oubli et à l'isolement de la race dans son propre berceau.

Or, une race comme tout patrimoine ne gagne sa survie que lorsque sa région se la réapproprie.

Un événement particulier allait symboliser ce rapprochement de la flamande avec sa principale région et présager sinon de son retour en force impossible, du moins de son retour en grâce.

En 1983-84, le Conseil Régional Nord Pas de Calais entrete¬nait des relations de jumelage avec la province chinoise de TIANJIN (ou TIENSIN), région et ville englobant essentielle¬ment la zone portuaire de Pékin. Lors d'une des nombreuses manifestations de ce jumelage, il avait été décidé que le Président du Conseil Régional de l'époque, Monsieur Noël Josephe, offre en cadeau à son homologue chinois, Monsieur Li Ru Han, Maire de TIANJIN, un taureau de sélection, témoignage de la vocation laitière du Nord Pas de Calais et de ses grandes ressources dans le domaine agroalimentaire. Le mérite du Président de la région et de ses services sera d'opter pour un taureau de la race de la région et, en faisant fi de quelques réticences de la profession, de solliciter l'UPRA pour l'organisation de la remise de ce cadeau particulier et de son expédition.

Ainsi, en 1985, le taureau AMIRAL de l'élevage Lede quittait Roissy pour TIANJIN, accompagné de deux génisses offertes par l'UPRA et le Crédit Agricole. Cette opération qui eut dans la région et dans le monde de l'élevage un fort retentissement, replaçait la flamande sur le devant d'une scène qu'elle avait déserté depuis longtemps. Sur la suite des événements et la reconquête d'une légitimité régionale, elle sera en fait décisive.

En effet confortés par cette manifestation d'une préférence régionale réaffirmée, les éleveurs flamands se sentent mieux considérés et reprennent confiance.

Dès lors, le groupe ressoudé et plus combatif sera davantage présent sur le terrain de la communication.

Le centenaire du Herd-Book est ainsi fèté en juillet 1986 à l'élevage de, la Forêt des Frères Lede à St Pol/Ternoise, indiscutablement le troupeau qui porte la race depuis de longues années.

L’UPRA a ensuite la chance d'être contactée en 1987 par le représentant des éleveurs australiens de la race Rouge Illawarra, Monsieur Bill Thompson.

L'élevage laitier australien recherchant des animaux rustiques aux pattes solides, résistants aux mammites et au lait riche, souhaite s'enrichir des génétiques rouges nord européennes et notamment des races suédoise, danoise, norvégienne, Angler allemande.

Dans ses tours d'Europe et du monde pour la promotion dés races rouges, Bill Thompson n'oublie pas la flamande. L’UPRA le reçoit à plusieurs reprises et cet échange aboutit à l’exportation du taureau CESAR de l'élevage Guy Chuffart à St Venant (62) vers la province de Victoria en Australie.

Eleveur passionné, créateur du club international des races rouges et du magazine "The Red Cow", Bill Thompson saura également transmettre sa détermination aux éleveurs flamands dont il deviendra un grand ami et un exemple. Malheureusement disparu trop tôt, son oeuvre se poursuit cependant grâce à son fils Erik et à sa fille Karen Moroney.

C'est au Salon de l'Agriculture de Paris de la fin de la décennie 1980 que les éleveurs flamands trouveront l'occasion de se mettre en évidence et de nouvelles satisfactions.

En 1989 tout d'abord, le Président de l'UPRA, Henri LEDE, recevra le prix du Président de la République pour une présence ininterrompue de l'élevage de la Forêt au Concours Général Agricole (hormis les années de guerre) depuis 1930. Cette mise à l'honneur exceptionnelle consacrait à la fois l'élevage remarquable et un record qui ne devrait vraisemblablement plus jamais être battu.

Enfin, l'édition 1990 du Salon sonnera le retour de la flamande en compétition avec 14 animaux exposés (au lieu des 6 habituellement) au Palais des Expositions de la Porte de Versailles. Cette accession au concours tant attendue représentera pour les éleveurs une reconnaissance officielle de leurs efforts de sélection et pour l'UPRA la récompense d'une résurrection un moment inespérée.

Pour l'histoire, on retiendra que la vache VANILLE appartenant à Clément CLEENEWERCK de Quaédypre sera la première championne parisienne d'une flamande redevenue conquérante.